{"id":61,"date":"2012-12-18T16:15:09","date_gmt":"2012-12-18T15:15:09","guid":{"rendered":"http:\/\/claireglorieux.com\/?page_id=61"},"modified":"2013-01-10T00:28:41","modified_gmt":"2013-01-09T23:28:41","slug":"jean-michel-frodon","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/claireglorieux.com\/wordpress\/textes\/jean-michel-frodon\/","title":{"rendered":"Jean-Michel Frodon"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\"><strong>Architectures particuli\u00e8res<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Claire, quels \u00e9tranges chemins il vous a fallu faire. Ces chemins sont all\u00e9s des Beaux-Arts\u00a0\u00e0 la rencontre de personnes autistes, de la musique \u00e0 la photographie, du Vietnam au Fresnoy \u2013 Studio national des arts contemporains. Vos \u0153uvres en portent des traces explicites ou indirectes, tandis que vous inventiez pour vous- m\u00eame m\u00e9thodes et exp\u00e9riences, moyens et dispositifs : des livres, des vid\u00e9os, des maquettes, des enregistrements sonores, des films d\u2019animation, des photos, des dessins \u2013 les v\u00f4tres et ceux des autres \u2013, des installations mixtes, des enqu\u00eates, des jeux. Certains artistes explorent les territoires de la peur, ou du d\u00e9sir, ou de la couleur, vous vous \u00eates trouv\u00e9e explorant ceux du langage. Ce sont des territoires o\u00f9 ne manquent ni peur, ni d\u00e9sir, ni couleurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Une de vos \u0153uvres, \u00e0 la fois livre et vid\u00e9o, s\u2019intitule <em>Il faut voir comme on nous parle<\/em>. La phrase semble elle-m\u00eame issue du langage courant. Elle \u00e9nonce le plus ambitieux des projets. \u00ab Projet \u00bb, pas \u00ab programme \u00bb : rien de moins programmatique que votre mani\u00e8re de faire. Parcourir des chemins, ce n\u2019est pas suivre un programme.<br \/>\nUne autre de vos \u0153uvres, le film Voir la pulpe, trouve son titre dans une phrase de Fernand Deligny, le grand aventurier du geste qui accompagne et qui soigne, et qui avec son film <em>Le Moindre Geste<\/em>, justement, explorait les espaces d\u2019intelligence de la folie avec les moyens de l\u2019art, quand il en d\u00e9finissait l\u2019enjeu :\u00a0<br \/>\u00ab L\u2019homme, peut-\u00eatre plus visible chez les anormaux, dont la raison f\u00eal\u00e9e laisserait voir la pulpe \u00bb. L\u2019homme : l\u2019animal qui parle. Le langage, celui de C\u00e9line, jeune femme autiste que vous avez accompagn\u00e9 durant plusieurs ann\u00e9es, et dont <em>Ab\u00e9c\u00e9line<\/em> met en sc\u00e8ne, par les mots et par les images, les architectures particuli\u00e8res gr\u00e2ce auxquelles une personne particuli\u00e8re essaie de fabriquer sa place parmi les autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Compl\u00e8tement diff\u00e9rente, c\u2019est aussi une architecture particuli\u00e8re qui commande le dictionnaire et suscite les rapprochements entre les mots que met en lumi\u00e8re <em>Apr\u00e8s la mort,\u00a0la mortadelle<\/em>. Et, ici comme l\u00e0, ce sont des histoires, des histoires qui se construisent selon des r\u00e8gles \u00e0 la fois al\u00e9atoires (pourquoi les Anglais font-ils tourner un doigt au-dessus de leur t\u00eate pour signifier \u00ab on s\u2019en va \u00bb ?) et rigoureuses, rigoureuses jusqu\u2019\u00e0 la compulsion, l\u2019obsession, des maniaqueries que l\u2019on catalogue et combat chez ces psychotiques auxquels vous avez consacr\u00e9 beaucoup de temps et d\u2019\u00e9coute, mais qui travaillent nos usages et nos modes d\u2019\u00e9change et de partage.<br \/>\nVous avez chemin\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s des fous et des \u00e9trangers, et ce qui chez eux insistait et dissonait, vous l\u2019entendiez comme des signes vers ce qui nous anime tous, vous le voyiez comme la sc\u00e8ne mieux \u00e9clair\u00e9e de nos intimit\u00e9s, de la v\u00f4tre aussi. Puisque vous \u00eates pr\u00e9sente, \u00e0 tant de titres, dans vos \u0153uvres. Vous y dites <br \/>\u00ab je \u00bb, et mettez ce \u00ab je \u00bb en jeu, permutations et inversions, mixage et montage, pour rendre sensible ce qui se joue, pr\u00e9cis\u00e9ment, dans ces signes et ces mots que nous \u00e9changeons, ces chansons partag\u00e9es, ces promenades communes et ces paroles des travaux et des jours.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Jean-Michel Frodon, critique cin\u00e9ma.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Architectures particuli\u00e8res Claire, quels \u00e9tranges chemins il vous a fallu faire. Ces chemins sont all\u00e9s des Beaux-Arts\u00a0\u00e0 la rencontre de personnes autistes, de la musique \u00e0 la photographie, du Vietnam au Fresnoy \u2013 Studio national des arts contemporains. Vos \u0153uvres &hellip; <a href=\"https:\/\/claireglorieux.com\/wordpress\/textes\/jean-michel-frodon\/\">Lire la suite <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":9,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"PageClaire.php","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/claireglorieux.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/61"}],"collection":[{"href":"https:\/\/claireglorieux.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/claireglorieux.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/claireglorieux.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/claireglorieux.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=61"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/claireglorieux.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/61\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":89,"href":"https:\/\/claireglorieux.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/61\/revisions\/89"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/claireglorieux.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/9"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/claireglorieux.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=61"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}