{"id":63,"date":"2012-12-18T16:15:40","date_gmt":"2012-12-18T15:15:40","guid":{"rendered":"http:\/\/claireglorieux.com\/?page_id=63"},"modified":"2013-01-10T00:28:58","modified_gmt":"2013-01-09T23:28:58","slug":"steve-paterson","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/claireglorieux.com\/wordpress\/textes\/steve-paterson\/","title":{"rendered":"Steve Paterson"},"content":{"rendered":"<p><strong>Permutations et autres d\u00e9placements insolites<\/strong><\/p>\n<p><em><\/em>Les \u0153uvres de Claire Glorieux peuvent \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9es comme autant de d\u00e9placements jouant sur diff\u00e9rents registres mentaux et physiques. Ces mouvements, qu\u2019il faut d\u00e9finir dans leur sp\u00e9cificit\u00e9 respective, elle les r\u00e9alise avec l\u2019aide de personnes ayant des fonctionnements et des activit\u00e9s en marge des normes sociales \u00e9tablies. Ces collaborations nous font d\u00e9couvrir des individus d\u00e9veloppant des comp\u00e9tences qui ne sont habituellement pas inscrites dans nos mani\u00e8res de faire usuelles. Toutefois, il ne s\u2019agit pas pour l\u2019artiste de d\u00e9finir des fronti\u00e8res \u00e0 cette excentricit\u00e9, pour mieux cloisonner le normal de l\u2019anormal afin d\u2019assurer nos acquis, mais au contraire de mettre en exergue ces mondes parall\u00e8les r\u00e9els (comme dans <em>\u00cele son<\/em> [2007] et <em>Ab\u00e9c\u00e9line <\/em>[2010]), fictifs (<em>Fonduriz<\/em> [2012]) ou po\u00e9tiques (<em>Tentatives de faire voler un cerf-volant <\/em>[2012] et <em>Simple aveu <\/em>[2010]). Ces d\u00e9marches visent \u00e0 transformer, par des effets de retour, la perception de notre vie quotidienne. Au sein de ces processus de d\u00e9centrement et de permutation, les m\u00e9dias utilis\u00e9s par l\u2019artiste sont des \u00e9l\u00e9ments constructifs de ces d\u00e9placements contextuels. Ces moyens de communication, \u0153uvrant dans la construction d\u2019environnements singuliers, sont donc des agents tripartites actifs au sein des relations entre sujets et objets investigu\u00e9s. Par cons\u00e9quent, ils sont bien plus que des outils de captation mais des instruments travaillant dans la traduction d\u2019un dialogue entre des parties. Pour ce faire, l\u2019artiste convoque aussi bien la vid\u00e9o, la photographie, le langage oral, \u00e9crit et kinesth\u00e9sique que les sons, comme autant de composantes de ces agencements relationnels.<\/p>\n<p>Dans la vid\u00e9o <em>Hors-champ\u00a0<\/em>(2012), r\u00e9alis\u00e9e lors de sa r\u00e9sidence \u00e0 l\u2019Espace culturel d\u2019Amalgame de Villers-sur-Port, durant le printemps 2012, Claire Glorieux symbolise, non sans humour, le d\u00e9cadrage\u00a0d\u2019un point de vue, avec l\u2019aide d\u2019agriculteurs de la r\u00e9gion. Les premiers plans de cette vid\u00e9o nous donnent \u00e0 voir un paysage rural film\u00e9 en noir et blanc, avec une pellicule ab\u00eem\u00e9e laissant appara\u00eetre l\u2019usure du temps. Or, en regardant plus attentivement, nous comprenons que cet effet de vieillissement est un trucage dont la technique nous rappelle les filtres propos\u00e9s par certains logiciels de montage informatique. Toutefois, apr\u00e8s quelques instants, survient un zoom arri\u00e8re qui ouvre notre champ de vision pour r\u00e9v\u00e9ler quatre paysans en train de manipuler, devant l\u2019objectif de la cam\u00e9ra, un dispositif technique permettant la r\u00e9alisation du trucage alt\u00e9rant l\u2019image. Il s\u2019agit d\u2019un syst\u00e8me bricol\u00e9 \u00e0 l\u2019aide d\u2019un mat\u00e9riel venant aussi bien du domaine de l\u2019agriculture que de celui de l\u2019image en mouvement, et jouant avec la technologie num\u00e9rique et analogique. Les gestes qui l\u2019activent conjuguent, eux aussi, des pratiques venant des deux corps de m\u00e9tier\u00a0: semer, scier, tamiser et cadrer, zoomer. Cette vid\u00e9o interroge le clivage id\u00e9ologique de nos codes de repr\u00e9sentation en faisant interagir deux univers diff\u00e9rents : celui d\u2019une artiste habitant \u00e0 Paris et celui d\u2019agriculteurs vivant en province. Par cette rencontre de pratiques culturelles, dans tous les sens du terme, l\u2019asym\u00e9trie hi\u00e9rarchique, entre la capitale comme centre et la campagne comme p\u00e9riph\u00e9rie, est dissoute symboliquement pour \u00eatre port\u00e9e sur un m\u00eame \u00ab\u00a0plan\u00a0\u00bb d\u2019\u00e9galit\u00e9. Ce dialogue entre la sph\u00e8re de l\u2019art et de l\u2019agriculture est \u00e0 nouveau investi dans le documentaire <em>Fonduriz <\/em>(2012). Avec la complicit\u00e9 des employ\u00e9s de la fonderie d\u2019art Deroyaume de Villers-sur-Port, sp\u00e9cialis\u00e9e pour l\u2019occasion dans la fabrication de grains de riz en bronze, Claire Glorieux r\u00e9alise un reportage \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision r\u00e9gionale. Le calembour du titre r\u00e9v\u00e8le le caract\u00e8re de cette collaboration trouvant sa forme dans la porosit\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9 et de la fiction. Dans ce contexte d\u00e9cal\u00e9, l\u2019objet principal qui est fa\u00e7onn\u00e9 par l\u2019entreprise fait \u00e9cho aux activit\u00e9s agraires de la r\u00e9gion. Par cons\u00e9quent, cette nouvelle sp\u00e9cialisation de la fonderie l\u2019a fait basculer dans un autre registre de production culturelle, par le biais de sa collaboration avec une artiste.<\/p>\n<p>En 2011, Claire Glorieux s\u2019est rendue \u00e0 la Gomera. Sur cette \u00eele des Canaries, certains habitants utilisent un langage siffl\u00e9 appel\u00e9 \u00ab\u00a0El Silbo\u00a0\u00bb (le sifflement), pour communiquer entre les vall\u00e9es. L\u2019artiste est all\u00e9e rencontrer des personnes de cette collectivit\u00e9 pratiquant ce sifflement singulier, afin de comprendre ses sp\u00e9cificit\u00e9s par l\u2019interm\u00e9diaire de son apprentissage\u00a0; l\u2019analyse de la construction des langages ayant une part importante dans la d\u00e9marche de Glorieux. Cette exp\u00e9rience linguistique est relat\u00e9e dans la vid\u00e9o<em> Quiero hablar con los que estan lejos\u00a0<\/em>(2011), nous pr\u00e9sentant un langage dont la finesse de ses modulations permet de s\u2019exprimer dans une langue \u00e0 la syntaxe complexe. L\u2019un des protagonistes explique qu\u2019il l\u2019utilise pour dialoguer \u00e0 distance, car il n\u2019a toujours pas de connexion t\u00e9l\u00e9phonique. Cependant, malgr\u00e9 l\u2019efficacit\u00e9 de ce moyen de communication archa\u00efque, que le documentaire d\u00e9montre, l\u2019artiste souligne, au travers de moments p\u00e9dagogiques, l\u2019importance de p\u00e9renniser sa propre transmission, au risque qu\u2019il disparaisse au profit de nouvelles technologies. \u00c9tant pratiqu\u00e9 par une minorit\u00e9 d\u2019individus, il est mis en p\u00e9ril par des syst\u00e8mes de communication et d\u2019information rayonnant sur des r\u00e9seaux \u00e0 plus grande \u00e9chelle et engendrant des apports financiers. Afin d\u2019\u00e9voquer cette probl\u00e9matique, avec une certaine ironie, une personne effectue \u00e0 un tiers, par sifflement, la lecture d\u2019un journal dans lequel on annonce la col\u00e8re de la municipalit\u00e9 de Valle Gran Rey n\u2019ayant plus de couverture t\u00e9l\u00e9phonique, depuis plusieurs jours. Le dysfonctionnement d\u2019un \u00e9metteur maintient dans l\u2019isolement la zone basse de la localit\u00e9, ce qui affecte son \u00e9conomie. Dans <em>Quiero hablar con los que estan lejos<\/em>, comme r\u00e9guli\u00e8rement dans son travail, Claire Glorieux met au centre de ses pr\u00e9occupations des modes de vie minoritaires. Ces renversements de positions cr\u00e9ent des passages qui nous permettent d\u2019acc\u00e9der \u00e0 diff\u00e9rents microcosmes constellant notre entourage et dont la richesse nous \u00e9chappe. En se focalisant sur eux, l\u2019artiste \u00e9labore des formes de d\u00e9codage et de traduction qui r\u00e9v\u00e8lent la coexistence de ces univers\u00a0; nous faisant prendre conscience de leur importance au sein de la construction et de la transformation de notre propre environnement, sur un plan social et individuel.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\u00a0Steve Paterson, critique d&rsquo;art et commissaire d&rsquo;exposition.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Permutations et autres d\u00e9placements insolites Les \u0153uvres de Claire Glorieux peuvent \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9es comme autant de d\u00e9placements jouant sur diff\u00e9rents registres mentaux et physiques. 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